« Et moi je ne veux entendre aucun argument de moyens », dans l’affaire Lyhanna – E. Macron, vendredi 5 juin 2026
Oui, ça on avait remarqué, que tu ne voulais entendre aucun, que tu ne voulais pas entendre de, que tu refuses que les femmes disent que ; au fond ce qui te ferait plaisir, c’est qu’on ferme bien toutes nos gueules.
C’est vrai qu’on est pénibles, que c’est désagréable ce bruit de fond, ces femmes qui crient, au final elles t’emmerdent et tu le sens, ce petit « hystérique » qui te démange le bout de la langue, ta femme nous traite déjà de « sales connes », finalement pourquoi se gêner, dis-le, qu’on importune, qu’on te gêne, c’est vrai qu’on est gênantes, on t’embarrasse, ça fait mauvais effet, tu ne sais pas nous tenir, on devrait t’obéir pourtant, c’est toi le chef, c’est toi qui a le costume la cravate et les Ors De La République et les femmes autour de moi qui continuent de gueuler barbouillées de violet, années après année, moi après mois, semaine après semaine, après chaque catastrophe évitable, en allant chercher au fond de leur tripes un ultime sursaut de colère, c’est un inconvénient.
Parce que vous seriez mieux entre vous finalement, toi surtout tu serais mieux seul, à décider, déclamer tes discours mal écrits et mal récités, taillés pour un Homme d’Etat au costume trop grand pour toi, petit homme, minuscule, et bien sûr quand un nouveau drame se produit – un nouveau drame comme une pièce de théâtre que tu observes loin, de ton palais, un drame qui se produit comme la foudre tombe parfois sans rime ni raison, tu prends des accents de tragédien de pacotille, de 1ère L option théâtre, pour dire – mais pour dire quoi ? Même pas ta compassion, ta douleur, ta désolation, tes excuses, parce que si tu incarnes la nation et dieu sait que tu te plais à imaginer que tu es ça, une stature, une figure, quelque chose de plus grand que toi, de plus grand que nous les gueuses qui ne comprenons rien, alors il faudrait le dire, que cette faillite est la tienne. Mais non, tu nous annonces ce que nous avons le droit de dire. Tu nous expliques, généreux, grand seigneur, ce que tu accepterais d’entendre, et le piège c’est que tu ne veux entendre aucun, moi aussi j’ai fait L et aucun, aucun c’est rien, tu ne veux rien entendre, on est bruyantes, on est suantes, et éraillées, et poissonnières, et poilues, et stériles, et élégantes, et mères, et femmes, et filles, et soeurs, et on te fait chier, on est mal élevées, les femmes respectables ne font pas ça, brailler dans la rue qu’elles ne sont pas d’accord, qu’elles avaient prévenu, qu’elles avaient dit, qu’elles avaient vu, parce qu’elles ont déjà vu, parce qu’elles savent déjà, que des hommes font du mal et que d’autres hommes refusent de prendre les plaintes et que d’autres hommes refusent de poursuivre et que des hommes refusent d’entendre et que toi petit homme accroché à tes ors et tes discours, à la tête d’un pays épuisé tu ne veux entendre aucun.
Alors tu ne t’excuses pas, tu n’implores pas notre pardon, tu ne pars pas non, ce sont tes ors ton fauteuil tes discours quels beaux discours regardez mes beaux discours, on me les écrit pour moi tout seul, moi tout seul dans mon grand costume que je ne remplis pas, ego aveuglement fatuité pourtant il y a de la matière, pourtant ça prend de la place tout ça mais non le costume reste lâche, les épaules trop larges et les coutures qui pourtant craquent, les pans qui se délitent autour de cette silhouette de roi chat perché, qu’ils viennent me chercher, dans mon petit palais, qu’ils viennent risquer leurs yeux leurs mains leurs pieds, et elles, elles, leurs cris, je ne veux entendre aucun.
Mais tu ne peux pas rien faire, les hommes ça fait, surtout quand il y a un costume à remplir, alors tu nous dis que tu t’es concerté avec ton ministre de la justice, celui qui a demandé du sexe à des femmes vulnérables en échange de son pouvoir, de ce qu’il pourrait faire pour elle avec son pouvoir, et ton premier ministre, celui qui aime mesurer la longueur des vêtements des filles pour savoir si oui on non elles peuvent entrer à l’école de la République, pas trop long et pas trop court, précisément contrôlé même si personne n’a compris combien de centimètres, il faut savoir il faut deviner, ce qui fait une fille acceptable, ces deux hommes-là oui, et avec ces deux hommes-là on va se parler, calmement, entre gens raisonnables, on va s’en occuper entre hommes de tout ce drame, de tous ces cris, on va écrire d’autres discours, on aime les discours, les discours qui vont expliquer qu’on a fait qu’on a fait beaucoup, qu’on a tant fait, regardez, je ne veux entendre aucun, taisez-vous, c’est nous, nos mots qui décident, de la réalité, de ce qui est vrai, de ce qui est juste, de ce qui est justifié, de ce qui s’est passé, l’histoire inventée entrée hommes, les viols qui n’en sont pas, la justice qu’on finance, les femmes qu’on écoute, les enfants qu’on protège, on a bien travaillé, on restera dans les livres, je ne veux entendre aucun.
Et en face les femmes qui continuent de gueuler parce qu’il nous reste encore de la voix, que vous n’avez pas tout pris, on est épuisées pourtant, on se traîne, on met le linge à sécher, on travaille on aide on torche on répare on console et il ne reste rien parfois ou si peu, toutes les femmes que je connais sont épuisées, rien parfois ou si peu mais la colère, la colère est là et elle aussi se transforme, elle aussi se réécrit, vous cachés dans vos petits bureaux derrière vos petites cravates loin à l’intérieur de vos petits costumes trop larges vous nous poussez à réinventer la colère, la colère qui crie fort et devient rage et fureur et mépris, mesurez-vous sous vos coutures tout le mépris que vous crient les femmes, ne pensez pas qu’elle est une et unique, la colère est infinité, la colère contient des océans, des tempêtes des incendies, non vous n’entendez rien et vous ne voulez rien entendre, vous ne voulez entendre aucun, entendre aucune, mais il y a erreur, un terrible malentendu, vous allez rire, quelle confusion, nous nous sommes mal compris, oui c’est embarrassant, une telle incompréhension : la rage des femmes n’a pas besoin de permission, les femmes vont crier aussi longtemps qu’elles le peuvent et quand elles ne pourront plus quand elles seront à bout elles gueuleront encore, on les trouve déjà gênantes, hystériques, pénibles, sales connes, on les méprise déjà, on les heurte déjà, on les ignore déjà, on les frappe déjà, on les tue déjà, les femmes qui crient te gênent; les femmes qui crient t’emmerdent, oui, et les femmes qui crient t’emmerdent, dans ton petit palais ton petit costume avec ton petit discours tes ministres qui règlent les choses entre hommes, les femmes t’emmerdent et tu peux continuer de décider ce que tu ne veux pas entendre, ça ne change rien, tu nous craches déjà à la gueule, tu peux dire ce que tu veux, tu peux continuer les envolées lyriques les grands mots les récitations, les femmes n’écoutent plus elles ont mieux à faire, elles ont du travail puisque tu ne t’occupes de rien que de toi et de n’entendre aucun, elles ont des gens à protéger des vies à préserver des pavés à battre des flammes à nourrir des chansons à hurler, les femmes t’emmerdent et elles ne veulent entendre aucun.
- Macron : « Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire » https://www.franceinfo.fr/societe/justice/c-est-une-question-de-responsabilite-emmanuel-macron-reagit-aux-failles-pointees-du-doigt-dans-l-affaire-lyhanna_8047169.html
- Macron: « On ne répond pas à un drame par des cris » : https://www.youtube.com/watch?v=vC7C4BEvhRs