23 Avril 2025

On m’invite pour en parler, des collégiennes et collégiens le lisent – et pas que. Sans le vouloir je suis en train de construire une petite trilogie sur le harcèlement : La Sans-Visage et les témoins, Sainte-Marie-des-Haines-Infinies et les victimes, et je travaille à un scénario de BD sur le rôle tenu dans tout ça par les bourreaux, ahlala, le temps passe vite quand on s’amuse.
On me demande des réponses, aussi, sur le harcèlement. Je n’en ai pas. A part qu’une des seules solutions identifiées clairement, c’est de briser l’entre-soi, celui de l’âge souvent, avec davantage de pion.nes, d’ateliers, de prof, et ça ça veut dire quoi ? Qu’il faut du fric, du fric, du fric, pour l’école publique. (Un pas en vanta, trois pas en arrière.)
A part que l’école n’est à l’abri de rien, qu’y vit la même société qu’à l’extérieur, en plus brouillon et plus franc à la fois, en plus cruel et plus hésitant. Et que ce n’est pas l’uniforme qui changera quoi que ce soit : les enfants savent très bien, qui est riche, qui est pauvre, qui a confiance, qui doute. Il y a toujours un défaut sur lequel appuyer – parfois le même qui quelques années fera qu’on vous trouvera drôle, charmant.e, irrésistible.
Je parle à des classes et potentiellement, à des harceleur.euses, à des harcelé.es. Parfois il ne s’agit pas de potentiel, les profs me préviennent, en amont, me disent « c’est bien que vous veniez, c’est une classe où il y a beaucoup de tensions, et des dynamiques de harcèlement oui, on surveille, on essaye, mais c’est dur », c’est dur parce que les profs sont à bout, qu’iels ne peuvent pas tout voir, tout savoir.
Et j’accueille les élèves et je les scrute et je leur souris et je sais que je parle à des gens qui souffrent et des gens qui font souffrir, même si la limite est parfois si ténue, inexistante même.
Et je ne sais pas qui est qui, jamais. Parce que ce n’est pas écrit sur leurs têtes, jamais. Après il y a des questions, des échanges, des voix, des mouvements, des corps qui se tiennent de telle ou telle manière et parfois je distingue, un peu, les coups de coudes, les dos voûtés, les têtes basses. Et je me dis, « ah peut-être, elle, lui, le petit groupe là, au fond, à gauche, à droite ».
Et puis je sors du collège, vraiment l’endroit sur Terre où je m’étais promis de ne jamais, jamais refoutre les pieds, et je respire et je me dis, « attends mais tu t’en vas quand tu veux, t’es grande maintenant ». Parce que comme tout le reste, le collège à un moment ça s’arrête, c’est fini. Et ça je le dis aux enfants, aussi. Le collège, ça dure toujours et ça dure rien. Chaque journée est infinie et invariablement s’achève. Quoi qu’on fasse. Un jour c’est terminé. On se dit « oh la vache, combien de temps ? » et on compte, 5, 10, 15, 30 ans.
On on ne compte plus jamais.
Sur ce, je vais regarder des dessins animés en mangeant des Dragibus, parce que je suis adulte et que personne peut m’empêcher.